Quand les jeunes sont outillés pour comprendre les problèmes qui les concernent et contribuer eux-mêmes à la recherche de solutions, les changements peuvent être plus profonds et plus durables. C’est dans cet esprit que trente journalistes juniors de Radio SOS « La Voix des Enfants », venus de Natitingou, Dassa-Zoumè et Abomey-Calavi, participent, du 1er au 10 septembre 2026, à une formation suivie d’une immersion journalistique consacrée aux violences basées sur le genre (VBG).
Pendant dix jours, le siège de Radio SOS « La Voix des Enfants », au village d’enfants SOS Abomey-Calavi, devient ainsi un véritable laboratoire d’apprentissage, d’investigation et de production médiatique autour d’un sujet qui touche particulièrement les filles et les adolescentes : les violences basées sur le genre.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du projet « Briser le silence : de jeunes journalistes enquêtent sur les violences basées sur le genre », qui ambitionne de donner aux enfants et aux jeunes les connaissances et les outils nécessaires pour mieux comprendre les VBG, interroger leurs causes et leurs conséquences, mais aussi mettre en lumière les mécanismes de prévention, de protection et de prise en charge existant au Bénin.
Portée par SOS Villages d’Enfants au Bénin, Radio SOS « La Voix des Enfants » constitue un espace d’expression, de participation et d’apprentissage permettant aux enfants et aux jeunes de faire entendre leur voix à travers une pratique médiatique éducative et responsable.
De jeunes journalistes, mais de vraies investigations
Loin de se limiter à une formation théorique, ces dix jours doivent permettre aux journalistes juniors de se confronter, sous la supervision de professionnels, aux exigences d’une véritable démarche journalistique.
Les trois premiers jours sont consacrés à une formation intensive sur les VBG et leurs différentes formes, les fondamentaux du journalisme d’investigation, la recherche documentaire, la collecte et la vérification de l’information, la triangulation des sources, les techniques d’interview ainsi que l’éthique et la déontologie journalistiques.
Compte tenu de la sensibilité des sujets abordés, une place importante est également accordée au journalisme sensible aux traumatismes, à la sauvegarde de l’enfant, au consentement, à la confidentialité, à l’anonymisation et à la protection de l’identité des victimes et survivantes.
Les jeunes apprennent notamment qu’une information, aussi importante soit-elle, ne saurait justifier de mettre en danger ou d’exposer davantage une victime, une survivante ou un enfant. La protection et la dignité de la personne doivent toujours primer sur l’intérêt journalistique d’un témoignage, d’une information ou d’une image.
Trois grandes questions au cœur des investigations
À partir du 4 septembre, place à l’immersion et au terrain. Répartis en équipes et accompagnés par des journalistes professionnels, des techniciens radio, des spécialistes des VBG, de la sauvegarde et un psychologue, les journalistes juniors mettront directement en pratique les connaissances acquises.
Leurs investigations s’articuleront autour de trois problématiques majeures.
La première concerne les violences sexuelles en milieu scolaire et l’accès à la justice. Les jeunes chercheront notamment à comprendre les obstacles qui empêchent certaines victimes et survivantes de signaler les violences subies, d’accéder aux mécanismes de protection ou d’obtenir justice.
La deuxième porte sur les normes sociales, le mariage des enfants et la vulnérabilité économique, afin de mieux comprendre comment certains facteurs sociaux, culturels et économiques peuvent accroître l’exposition des adolescentes aux violences.
Enfin, le troisième axe explorera l’accès aux mécanismes de protection, à la prise en charge psychosociale et à la justice, avec une question centrale : pourquoi, malgré l’existence de dispositifs de réponse, certaines victimes et survivantes rencontrent-elles encore des difficultés pour accéder aux services dont elles ont besoin ?
Le pouvoir du micro au service du changement
La cérémonie de lancement de l’activité, organisée dans les locaux de Radio SOS « La Voix des Enfants » à Abomey-Calavi, a permis aux participants de prendre la mesure de la responsabilité qui accompagne le pouvoir du micro.
Représentant le Directeur national de SOS Villages d’Enfants au Bénin, Dr Salimane ISSIFOU, M. Gérald AHYI a invité les journalistes juniors à profiter pleinement de cette opportunité d’apprentissage et à mesurer le rôle qu’ils peuvent jouer dans la lutte contre les violences basées sur le genre.
« Vous devez sortir de ces dix jours changés et outillés pour lutter contre les VBG », leur a-t-il lancé.
Un message auquel les jeunes ont répondu par un engagement tout aussi clair.
Prenant la parole au nom des journalistes juniors, Marie-Christine AKANKPON a promis que ses camarades et elle mettraient pleinement à profit la formation : « Nous vous promettons de bien suivre la formation et de faire de bonnes productions de contenus. »
La cérémonie a réuni l’équipe managériale du site d’Abomey-Calavi, les points focaux de Radio SOS ainsi que la trentaine de journalistes juniors sélectionnés, à raison de dix participants provenant de chacun des trois sites d’Abomey-Calavi, Dassa-Zoumè et Natitingou.
Interroger les décideurs et comprendre les responsabilités
L’une des particularités du projet réside dans la possibilité donnée aux jeunes journalistes d’aller à la rencontre de celles et ceux qui, à différents niveaux, détiennent une partie des réponses aux questions qu’ils se posent.
Professionnels de santé, enseignants, travailleurs sociaux, acteurs de la protection de l’enfant, responsables judiciaires, acteurs communautaires et responsables publics pourront ainsi être interrogés.
Des interviews de hautes personnalités de l’État et des institutions de la République sont également prévues, en fonction de leur disponibilité. Les journalistes juniors pourront les questionner sur les politiques publiques de prévention et de réponse aux VBG, les dispositifs existants, les difficultés persistantes ainsi que sur la place de l’éducation, des médias et de la jeunesse dans la transformation des normes sociales.
L’objectif est aussi de permettre aux enfants et aux jeunes de mieux comprendre les responsabilités respectives des pouvoirs publics, de la justice, des services sociaux, du système éducatif, des médias et des communautés dans la prévention des violences et la protection des victimes et survivantes.
Des femmes modèles pour inspirer les filles
Le projet ne veut cependant pas parler uniquement de violences. Il entend également montrer que les filles et les femmes peuvent être actrices du changement, exercer des responsabilités et contribuer à transformer leur société.
Un axe transversal sera ainsi consacré au leadership féminin et aux modèles de réussite.
Des femmes occupant de hautes fonctions publiques seront invitées à raconter leur parcours scolaire, universitaire et professionnel, les obstacles qu’elles ont éventuellement dû surmonter, leur conception du leadership féminin et leur expérience dans les espaces de décision.
Les jeunes journalistes leur demanderont également quels conseils elles souhaitent transmettre aux adolescentes qui rêvent, elles aussi, de poursuivre leurs ambitions.
À travers ces témoignages, Radio SOS « La Voix des Enfants » souhaite compléter le traitement des violences par un message positif sur l’autonomisation, le leadership, la réussite et la capacité d’action des filles et des femmes béninoises.
Du terrain aux studios : produire pour sensibiliser
Après les investigations et les interviews, les 9 et 10 septembre seront consacrés au traitement et à la vérification des informations recueillies, à leur triangulation, à la rédaction des scripts et à la finalisation des productions.
Documentaires radiophoniques, podcasts, reportages, articles, capsules audio et vidéo et autres contenus numériques devraient ainsi voir le jour.
Ces productions seront destinées à Radio SOS « La Voix des Enfants », au site Internet et aux plateformes numériques de SOS Villages d’Enfants au Bénin. Elles pourront également alimenter les échanges avec les communautés et contribuer plus largement au débat public sur les violences basées sur le genre et l’égalité entre les femmes et les hommes.
Mais derrière les micros, les enregistreurs, les interviews et les reportages se trouve surtout une ambition : faire des enfants et des jeunes non seulement les bénéficiaires des actions qui les concernent, mais aussi des acteurs capables de questionner leur environnement, de faire entendre leur voix et de contribuer à la recherche de solutions.
Car lorsqu’une nouvelle génération apprend à enquêter, à vérifier les faits, à questionner les décideurs, à protéger la parole des victimes et à mettre en lumière les solutions, le micro cesse d’être un simple outil de communication.
Il devient un instrument de participation et de changement.



